Le nougat arrive en Provence par l'Espagne arabe

L'histoire du nougat commence bien loin de Montélimar. Le mot nougat vient très probablement de l'occitan pan de nouga, signifiant "pain de noix". Des confiseries à base de miel et de fruits secs existent depuis l'Antiquité dans tout le bassin méditerranéen.

Le nougat blanc tel que nous le connaissons est généralement associé à la tradition arabe du natif, une préparation à base de blancs d'œufs battus et de miel. Cette technique est introduite en Europe lors de la conquête arabe de l'Espagne et diffuse progressivement vers la Provence et l'Italie. La ville de Crémone en Lombardie revendique elle aussi une longue tradition de nougat, le torrone, dont les origines remonteraient au XVe siècle.

En Provence, la culture de l'amandier, du miel de lavande et de diverses plantes aromatiques offre des matières premières idéales pour développer une confiserie locale de qualité. Montélimar, ville de passage sur la route entre Lyon et Marseille, devient naturellement le centre de cette production.

Olivier de Serres fait planter les amandiers

L'histoire du nougat de Montélimar est indissociable de l'introduction massive de la culture de l'amandier dans la région. Selon la tradition locale, c'est Olivier de Serres (1539-1619), agronome ardéchois et conseiller du roi Henri IV, qui encourage la plantation d'amandiers dans la plaine du Tricastin et autour de Montélimar. Son traité Théâtre d'Agriculture (1600) préconise la culture des amandiers dans le Midi de la France.

Dès lors, les amandes abondent dans la région. Les confiseurs locaux les associent au miel de lavande et aux blancs d'œufs pour créer une confiserie blanche, tendre et parfumée. Les premières mentions écrites du nougat de Montélimar comme spécialité locale datent du XVIIe siècle.

La réputation de Montélimar tient à quatre facteurs très concrets, tous vérifiables sur une carte. Une ville posée sur l'axe de circulation entre Lyon et la Méditerranée, des amandiers à portée de charrette, du miel de lavande produit dans les Baronnies voisines, et des artisans qui ont mis au point le geste sur plusieurs générations.

La Nationale 7 installe la réputation nationale

L'essor véritable du nougat de Montélimar est intimement lié à la fameuse Route Nationale 7, surnommée "la route des vacances". Du début du XXe siècle aux années 1970, des millions de vacanciers français traversent Montélimar chaque été pour rejoindre la Côte d'Azur. Les embouteillages en plein été dans le centre-ville étaient légendaires et les boutiques de nougat en bordure de route en profitaient.

Les nougateurs s'installent massivement le long de la nationale. La boîte de nougat devient le souvenir qu'on rapporte de Montélimar comme on rapporterait du sable de la plage. Montélimar acquiert sa réputation nationale et son surnom de "cité du nougat". L'arrivée de l'autoroute A7 a éloigné les flux touristiques du centre-ville, mais la réputation était solidement établie.

C'est aussi l'époque où prolifèrent les premiers "nougats de Montélimar" qui ne suivaient plus la recette traditionnelle. La demande était forte, les contrôles inexistants, et des producteurs installés hors de la région utilisaient le nom librement. La démarche IGP naît directement de là, bien plus tard.

L'IGP protège le nom depuis 2023

Face à la prolifération de nougats génériques vendus sous le nom "de Montélimar" sans respecter les recettes traditionnelles, les producteurs locaux engagent une démarche de protection dans les années 2000. Le travail aboutit avec l'homologation du cahier des charges par l'arrêté du 17 août 2023, puis l'enregistrement de l'Indication Géographique Protégée (IGP) au niveau européen le 26 novembre 2024 (voir le communiqué de l'INAO).

Le cahier des charges impose au minimum 30 % d'amandes dans le produit fini, ou 28 % d'amandes et 2 % de pistaches, un miel qui pèse au moins 25 % des matières sucrantes, du blanc d'œuf, du sucre, et une fabrication dans la zone géographique délimitée. Un nougat qui ne tient pas ces critères ne peut pas légalement s'appeler "Nougat de Montélimar IGP". Pour le détail de ce que garantit l'IGP, voir la page dédiée.

Repères de sources historiques

L'histoire du nougat de Montélimar repose sur plusieurs couches documentaires de solidité variable. Quelques repères :

Pour approfondir, les archives départementales de la Drôme (Valence) conservent des documents sur l'histoire économique de Montélimar et de sa confiserie. Une synthèse générale est également disponible sur la page Nougat de Montélimar de Wikipédia.

Ce que l'IGP a changé concrètement

Avant cette protection, n'importe quel fabricant en France pouvait apposer "Nougat de Montélimar" sur son étiquette, même avec très peu d'amandes et un miel de mauvaise qualité. L'IGP a mis fin à ces pratiques trompeuses, du moins en théorie, car sur les marchés, les arnaques persistent. C'est pour ça qu'il vaut mieux savoir reconnaître le logo.

Le nougat de Montélimar aujourd'hui

Aujourd'hui, plusieurs maisons perpétuent la tradition. Certaines comme Arnaud Soubeyran revendiquent plus de 200 ans d'histoire. Montélimar reste la capitale mondiale du nougat blanc, et le musée du nougat attire chaque année des visiteurs curieux de l'histoire de la confiserie.

La production annuelle est difficile à quantifier précisément, les chiffres varient selon les sources, mais elle représente une filière économique significative pour la ville et la région.